Compte rendu du colloque du 31 août et 1er septembre 2015
Par Donald COBB (Faculté Jean Calvin, Aix-en-Provence)

Les écrits des Pères Apostoliques sont méconnus dans nos milieux protestants et évangéliques ! Pourtant, ces « Pères » (on les distingue des « Pères de l’Église », plus généralement, en précisant que ce sont ceux qui ont écrit à l’époque où les derniers apôtres venaient de disparaître) sont des chaînons indispensables pour comprendre la transition entre le Nouveau Testament et l’Eglise ancienne. Si la théologie orthodoxe (grecque et russe) et l’Église catholique romaine leur accordent une place prépondérante, les Évangéliques, très attachés aux Écritures, ont plutôt tendance à en minimiser l’importance ou à les oublier tout simplement. Toutefois, comme l’a souligné un des conférenciers du colloque, le danger existe alors de passer du sola Scriptura cher à la Réforme à une perspective de nuda Scriptura, où l’Écriture n’est plus lue en dialogue avec toute la « nuée de témoins » qui a jalonné l’histoire du christianisme. Il en résulte un appauvrissement de l’Église contemporaine, qui ne sait plus vraiment d’où viennent certaines de ses convictions, ni quelles sont les leçons qu’elle peut apprendre du passé.
C’est ce constat qui a motivé le choix du sujet du dernier colloque de l’AFETE (Association Francophone Européenne des Théologiens Évangéliques), les 31 août et 1er septembre, 2015, réunissant une quarantaine de participants dans les locaux de l’Institut Biblique de Nogent autour du thème « Pour une lecture évangélique des Pères apostoliques ».
Les écrits des Pères Apostoliques sont méconnus dans nos milieux protestants et évangéliques ! Pourtant, ces « Pères » (on les distingue des « Pères de l’Église », plus généralement, en précisant que ce sont ceux qui ont écrit à l’époque où les derniers apôtres venaient de disparaître) sont des chaînons indispensables pour comprendre la transition entre le Nouveau Testament et l’Eglise ancienne. Si la théologie orthodoxe (grecque et russe) et l’Église catholique romaine leur accordent une place prépondérante, les Évangéliques, très attachés aux Écritures, ont plutôt tendance à en minimiser l’importance ou à les oublier tout simplement. Toutefois, comme l’a souligné un des conférenciers du colloque, le danger existe alors de passer du sola Scriptura cher à la Réforme à une perspective de nuda Scriptura, où l’Écriture n’est plus lue en dialogue avec toute la « nuée de témoins » qui a jalonné l’histoire du christianisme. Il en résulte un appauvrissement de l’Église contemporaine, qui ne sait plus vraiment d’où viennent certaines de ses convictions, ni quelles sont les leçons qu’elle peut apprendre du passé.
La palette des sujets abordés a été variée.
Damien Labadie, doctorant en histoire des religions à l’École Pratique des Hautes Études, a apporté une conférence introductive sur « Le contexte historique des Pères de l’Église ». Ce conférencier a proposé comme grille de lecture des Pères apostoliques le contexte social troublé que l’on connaît à l’empire romain au tournant des Ier et IIe siècles, joint à une vive attente de la fin du monde fournie par l’apocalyptique juive. D. Labadie a souligné par ailleurs que, si l’Église ancienne n’a pas connu une persécution massive et continue, elle a en revanche été animée de la conviction d’être une minorité marginalisée, ce qui a puissamment contribué à forger son identité durant les premiers siècles de son existence.
George Kalantzis, professeur à la faculté de théologie de Wheaton (É.-U.), directeur du centre d’études patristiques dans cette même institution et orateur principal du colloque, s’est ensuite efforcé de répondre à la question « Y a-t-il une lecture évangélique des Pères apostoliques ? ». Kalantzis était particulièrement bien placé pour traiter d’un tel sujet. En tant qu’évangélique grec, grandissant dans une situation de réaction par rapport à l’Église orthodoxe, Kalantzis a été amené, peu à peu, à découvrir la richesse des Pères apostoliques et leur contexte spécifique dans un monde gréco-romain, antérieur de plusieurs siècles à l’avènement de la chrétienté. Deux questions ont marqué cette conférence. Premièrement : Qu’implique l’idée d’une lecture « évangélique » des Pères Apostoliques ? S’agit-il d’une étude simplement historique, détachée des préoccupations actuelles, ou cherche-t-on, au contraire, à y trouver des ressources pour l’Eglise actuelle ? Deuxièmement : Qu’implique la notion de « Père » ? Dans quelle mesure, et de quelle façon, ces premiers théologiens-praticiens postapostoliques constituent-ils une « autorité » pour l’Église d’aujourd’hui ?
Ignace d’Antioche (mort vers 110 après J.-C.), dont les écrits ont exercé une influence majeure sur l’Église des premiers siècles, a fait ensuite l’objet de deux conférences présentées par des professeurs de la Faculté Libre de Théologie Évangélique (Vaux-sur-Seine) : Louis Schweitzer a présenté « La spiritualité du martyre chez Ignace d’Antioche », insistant sur la conscience chez ce Père d’être un modèle de persévérance dans l’attachement au Christ, y compris devant une mort certaine à cause de sa foi. Jacques Buchhold a traité de l’ecclésiologie chez Ignace, relevant, entre autres, le rôle que la menace de l’hérésie docétiste a joué dans les instructions que ce pasteur a laissées sur la place de l’évêque dans l’organisation et les activités des Églises locales, comme aussi dans sa façon de parler de la sainte cène.
Le mardi matin, G. Kalantzis a abordé, dans une deuxième conférence, le sujet de « La théologie des sacrements chez les Pères apostoliques ». On ne peut comprendre le langage des Pères apostoliques sur le baptême et l’eucharistie, a-t-il souligné, sans prendre en compte la conscience, très répandue à l’époque, de la présence du divin dans la vie courante. Le monde de l’Antiquité n’était pas un espace « sécularisé » : il était rempli de divinités et de « rites corporatifs », c’est-à-dire d’expressions collectives de spiritualité. Ces expressions se rencontraient au quotidien et rythmaient l’existence de la société tout entière. La compréhension très forte du baptême et du repas dominical que l’on voit chez les Pères doit s’insérer dans cette perspective (qui, rappelons-nous, est aussi celle de l’Ancien et du Nouveau Testament !). Pour le Réformé qui écrit ces lignes, cette présentation, et la discussion qui a suivi, ont représenté un des temps de réflexion les plus féconds du colloque. Les perspectives des Pères Apostoliques, se situant en dehors des polémiques qui traversent les Églises depuis le XVIe siècle, offrent la possibilité d’une discussion qui sort de nos catégories et a priori théologiques habituels. De ce fait, elles pourraient permettre un certain terrain commun qui gagnerait à être approfondi, sur le sujet de la sainte cène notamment.
Une partie du lundi après-midi a été consacrée à trois brefs exposés : « La christologie des Pères apostoliques » (Jean Decorvet, Institut Biblique Emmaüs), « Connaissance et utilisation des écrits du Nouveau Testament chez les Pères apostoliques » (préparée par Samuel Bénétreau et lue par Sylvain Romerowski, M Bénétreau n’ayant pu assister au colloque pour raisons de santé), et « le prophétisme au temps des Pères apostoliques » (Jean-Claude Boutinon). Mardi après-midi, Isabelle Olekhnovitch a également proposé une étude de texte sur les chapitres 1-6 de la Didachè.
Comme à l’accoutumé, une partie du colloque a été consacrée aux travaux de doctorat récemment soutenus ou en cours : Donald Cobb (Faculté Jean Calvin, Aix-en-Provence) a résumé sa thèse doctorale, soutenue à la Faculté de théologie catholique de Lyon en juin 2015 (Une diathêkê qui n’est ni abrogée ni modifiée : la signification et la fonction rhétorique de l’alliance en Galates 3-4). Antoine Fritz a présenté la publication récente de sa thèse, To the Jew First or to the Jew at Last? Romans 1:16c and Jewish Missional Priority in Dialogue with Jews for Jesus, sortie de presse en 2013 (Pickwick) ; McTair Wall a développé quelques aspects de son projet de thèse sur « Le débat sur l’herméneutique missiologique à la lumière de l’utilisation lucanienne de l’Ancien Testament en vue de la vocation missionnaire de l’Église » (FLTE). Enfin, Sylvain Romerowski (Institut biblique de Nogent) a présenté son livre Qui a décidé du Canon du Nouveau Testament ?, paru en 2013 (Excelsis).
Les deux journées de travaux ont commencé par des lectures de textes tirés de deux Pères de l’Eglise, Clément de Rome et Ignace d’Antioche.

